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Abdelatif Benazzi, ancien joueur international et Capitaine de l’équipe de France, au Club Delville

Abdelatif Benazzi, ancien joueur international et Capitaine de l’équipe de France, au Club Delville

Abdelatif Benazzi, ancien joueur international et Capitaine de l’équipe de France de Rugby,  est intervenu au petit déjeuner du Club Delville le 21 septembre sur la thématique :

« Du rugby vers l’entreprise »

 

Grand joueur de rugby, sélectionné en équipe de France dès 1990, Abdelatif Benazzi était au rendez-vous du petit-déjeuner du Club Delville le 21 septembre 2017. L’occasion pour le sportif, devenu professionnel en même temps que le rugby, en 1995, de partager les enseignements de sa pratique de haut niveau, dont nombre d’entre eux peuvent s’avérer très utiles aux entreprises. Tant dans la conduite du changement que sur le travail en équipe ou sur les moyens pour atteindre ses objectifs, l’expérience des sportifs de haut niveau se forge au moins autant dans les défaites que dans les victoires. Le joueur aux 78 sélections en équipe de France, qui participa à quatre coupes du monde, a aussi partagé les souvenirs d’une brillante carrière. Aujourd’hui, il a fondé et développe l’association Nour, qui a déjà ouvert 18 écoles dans son pays natal, le Maroc.

« Le collectif a permis de supporter la pression. Nous avons appris qu’il fallait faire avec les différences de ses partenaires, s’appuyer sur les complémentarités pour avancer. »

Arrivé en France à 18 ans, Abdelatif Benazzi a d’abord joué au sein du club d’Oujda, le meilleur du Royaume marocain, avant d’être repéré par des clubs français lors d’une tournée européenne. Il fait ses débuts en 1988 au sein de l’équipe de Cahors, avant de rejoindre Agens puis de jouer chez les Saracens, au nord-ouest de Londres. Durant les premières années de sa carrière, le rugby est un sport amateur. En 1995, il bascule dans le professionnalisme. « Ce fut un changement radical et surprenant. Jusque-là, l’argent ne circulait pas dans le rugby, notre mode de vie et notre état d’esprit étaient préservés. Il n’y avait pas de contrat, mais pas de formation en parallèle non plus pour les joueurs », rappelle-t-il. Du jour au lendemain, les joueurs doivent abandonner tous leurs autres contrats professionnels et ne plus se consacrer qu’à leur pratique sportive. De trois entraînements hebdomadaires, ils passent à une dizaine. Par passion pour le rugby, 95% des joueurs acceptent cette nouvelle donne. « Tout à coup, le management était plus cadré, on surveillait nos apports diététiques, nous avons pu disposer de structures médicales renforcées… Au bout de trois mois, on a découvert que le corps et l’esprit changeaient, on allait plus vite, on était plus performant. On a réalisé qu’on était à 30% de nos capacités. Et ce changement nous a stimulés, nous a apporté de la satisfaction, en plus de l’excitation de la progression permanente. » Et le joueur rappelle que le club de Toulouse, qui fut le premier club de l’Hexagone à avoir réussi ce changement, a aussi été le premier club français à devenir champion d’Europe. « Le collectif a permis de supporter la pression. Nous avons appris qu’il fallait faire avec les différences de ses partenaires, s’appuyer sur les complémentarités pour avancer. »

« Là, j’ai appris que le sport ne se résumait pas juste à gagner ou perdre, on a une responsabilité. Dans les tribunes, blancs et noirs se prenaient dans les bras »

  L’année 1995 fut aussi marquée par une Coupe du Monde mémorable en Afrique du Sud. L’équipe de France arrive dix jours avant ses adversaires pour bien se préparer. Elle apparaît très vite comme une prétendante sérieuse au titre. Jusqu’en demi-finale où, sous une pluie battante, un essai sur la ligne ne lui est pas accordé. La leçon n’a pas été facile à tirer : « Un mois et demi de préparation et quatre ans à y penser… Et là tout s’écroule, sur une injustice. On apprend que cela fait partie de la vie sportive. Victoire et défaite se décident parfois au-delà de sa propre personne. Il faut l’intégrer pour avancer ». Trois jours plus tard, la France doit jouer la troisième place contre l’Angleterre. Pour remobiliser les troupes et couper court au sentiment d’injustice, Abdelatif Benazzi prend la parole dans les vestiaires : « je n’ai pas marqué », affirme-t-il. La France bat l’Angleterre. Puis vit la finale depuis les tribunes, en présence de Nelson Mandela, le président sud-africain qui avait incité les noirs d’Afrique du Sud à soutenir les Springboks, équipe autrefois adepte de l’Apartheid – et ne comprenant, alors qu’un seul joueur noir, Chester Williams. « Là, j’ai appris que le sport ne se résumait pas juste à gagner ou perdre, on a une responsabilité. Dans les tribunes, blancs et noirs se prenaient dans les bras », se souvient Abdelatif Benazzi.

« La monotonie et le confort peuvent tuer la performance. Il faut repartir au combat. Un jour ça paiera. »

L’épisode, inoubliable, donne envie au joueur de persévérer et de se projeter sur la Coupe du Monde suivante : « La monotonie et le confort peuvent tuer la performance. Il faut repartir au combat. Un jour ça paiera. » Mais pas n’importe comment. « Parfois, tout est entrepris pour la victoire et ça ne marche pas. Mais si on entretient le doute, cela peut profiter à l’adversaire. Le seul remède est de continuer à travailler et que les 40 personnes du groupe soient d’accord avec la stratégie. Tout le monde doit adhérer au fonctionnement et aller dans le même sens. » Dans ces moments de redéfinition des objectifs et des moyens pour les atteindre, la solution ne peut venir que de l’intérieur. « Le groupe doit se resserrer. Certaines personnes se révèlent dans ces moments-là. Des suiveurs deviennent leaders. Le jour où on sort de ce tunnel, on fait des bonds. » Pour que la période soit bénéfique, il faut que des caractères s’expriment et que les egos se placent au service du collectif. L’entraîneur doit faire confiance à ceux qui veulent prendre des initiatives. Il n’est pas sur le terrain et ne peut amener toutes les solutions. « Parfois, il faut bousculer certaines personnes. La concurrence à l’intérieur est nécessaire, tout en veillant à l’état d’esprit des uns et des autres. Il faut aussi parfois protéger certains jeunes joueurs qui ont besoin de progresser. » Autre clé de la réussite : être à la pointe des évolutions pour mesurer la performance. « L’équipe de France est observée dans sa préparation et nous regardions ce que faisaient les autres. Le collectif est très fort, mais la préparation est individuelle. Par exemple, désormais des logiciels et des puces portées par les joueurs mesurent leur possession de balle et leurs déplacements. Ces outils permettent de mieux connaître leurs marges de progression. »

«[..].Quand on a démystifié, on peut attaquer [..]»

Dans l’état d’esprit, en revanche, tous les joueurs sur le terrain doivent être des leaders. Chaque joueur doit prendre ses responsabilités à son poste. Sans oublier la solidarité, absolument nécessaire. « Les joueurs ont besoin les uns des autres sur le terrain, pour trouver du soutien. Sinon, ils risquent tout simplement la blessure », rappelle Abdelatif Benazzi. Les All Blacks incarnent cette responsabilité. « La Nouvelle Zélande veut exister à travers le maillot de son équipe de rugby. Les joueurs portent le poids énorme de ce patrimoine. Le haka est un rituel à la symbolique très forte. Il est pratiqué pour essayer de trouver les ressources supplémentaires, se découvrir autrement, être un nouvel homme après le match avec l’idée de toujours progresser », rappelle le joueur français. Face à ce mental de fer, les adversaires doivent apprendre à démystifier. « L’entraîneur avait acheté des maillots noirs pour enlever l’appréhension du noir, se souvient Abdelatif Benazzi. Quand on a démystifié, on peut attaquer. Ce sont des hommes, ils ont aussi des failles. Leur joueur, Jonah Lomu, était réputé inarrêtable. Mais nous avions remarqué qu’il n’attaquait que tous les quarts d’heure, qu’il avait besoin de beaucoup de temps de récupération… Alors, en 1999, on a mis un petit joueur en face, Christophe Dominici, pour taper derrière lui et le faire courir. Et on les a battus ».

« Mais j’avais dit à mes partenaires que si je n’avais pas quatorze autres capitaines avec moi, je ne pouvais rien faire. »

En novembre 1996, Abdelatif Benazzi est nommé capitaine de l’équipe de France. « Cette responsabilité est donnée à un joueur qui se dégage par le biais du groupe et qui semble en mesure d’apporter des solutions », rappelle-t-il. Le danger : ne pas jouer à 100% de ses capacités car la mission de capitaine nécessite que l’on pense aux autres. « Mais j’avais dit à mes partenaires que si je n’avais pas quatorze autres capitaines avec moi, je ne pouvais rien faire. » Quatre valeurs essentielles guidaient l’équipe : respect, esprit d’équipe, combativité et performance. Autant de boussoles en cas de difficultés.

Le parcours d’Abdelatif Benazzi :

Son parcours:

Né le 20 août 1968 à Oujda

Carrière & palmarès en Club

  • 1988 – 1989 : Cahors (meilleur marqueur d’essais du championnat)
  • 1989 – 2001 : SU Agen (finaliste championnat 1990, vainqueur challenge du manoir en 1992, finaliste challenge européen 1998)
  • 2001 – 2003 : Saracens

Carrière & palmarès en équipe Nationale 1990 à 2001

  • 1 sélection avec l’équipe du Maroc
  • 1ère sélection dans le XV de France en 1990
  • Coupe du monde : 1991 (UK&FR– Quart de finale), 1995 (Afrique du Sud – demi finales – 3ème), 1999 (Royaume-Uni – finale)
  • 78 sélections
  • 8 tournois des 5/6 Nations – Vainqueur en 1993 – Grand Chelem 1997

Autres distinctions

  • Chevalier de la Légion d’Honneur, 2000
  • Officier de l’ordre national du Mérite
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