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Compte-rendu du petit-déjeuner du Club Delville avec Jean-Paul Betbèze le jeudi 20 juin 2013

Jean-paul Betbèze au petit-déjeuner du Club Delville

Après le rugbyman Marc Lièvremont fin mars, c’est l’économiste Jean-Paul Betbèze qui était invité à « plancher » devant les membres du Club Delville, à quelques jours de la trêve estivale.

Chef économiste du Crédit Agricole de 2005 à janvier 2013, membre du Cercle des Economistes, désormais à la tête de sa propre structure (Betbeze Conseil), ce natif des Hautes Pyrénées, à l’accent chantant, venait présenter son dernier ouvrage, un essai de politique fiction enlevé autour de la crise économico-financière qui frappe le monde occidental depuis 2008. «Si ça nous arrivait demain… », avance, ainsi, plusieurs hypothèses : occupation du Parlement espagnol par les «Indignados », départ des Verts et d’Arnaud Montebourg du gouvernement à l’été 2013 ou encore rupture de dialogue Merkel-Hollande, un an plus tard. «Si ce type de scénarios catastrophes survenait, il faudrait être à la hauteur et préparer un rebond à la mesure de la détérioration économique, sociale, morale, psychologique dans laquelle nous sommes englués depuis plusieurs années» explique l’économiste. Et Jean-Paul Betbèze de pointer les faiblesses qui, selon lui, handicapent les économies occidentales dans le grand bain de la mondialisation. «Au lieu de nous adapter au défi de compétitivité que nous ont lancé les grandes économies émergentes depuis une quinzaine d’années, nous avons, nous les pays occidentaux, accumulé de la dette au lieu de mener des politiques de restructuration nécessaires et responsables. Nous le payons, au prix fort, aujourd’hui car le désendettement que nous pratiquons n’est rien d’autre qu’un détricotage des politiques passées », explique-t-il. Selon Jean-Paul Betbèze, les économies occidentales sont entrées dans une bataille de longue durée d’adaptation à la nouvelle donne mondiale. D’où la nécessité de tenir un discours de vérité aux populations pour les « motiver » et pour trouver «avec elles », des nouveaux modèles de développement économique. «Ou bien nous subissons des décennies de croissance plate à l’instar de l’économie japonaise depuis 20 ans, ou bien nous redynamisons notre économie en empruntant des approches innovantes ».

Selon l’ancien économiste de banque, les Etats-Unis, «premier pêcheur dans l’excès d’endettement » ont été les premiers à réagir en procédant en deux temps. D’une part en réduisant leur dette privée (entreprises, ménages…), puis en diminuant l’endettement public, grâce à une politique drastique de baisse des taux d’intérêt et d’achat de bons du trésor orchestrée par la Banque Fédérale Américaine (FED), dans un contexte favorable de diminution de la facture énergétique (effet gaz de schiste). «La baisse des taux d’intérêt à court et à moyen terme a fait baisser le dollar, ce qui a favorisé la compétitivité des entreprises américaines à l’export et fait repartir la machine », analyse Jean-Paul Betbèze. Scénario éminemment différent au sein de la zone euro, en raison de l’hétérogénéité des économies qui la composent «L’Europe doit mener, de front, le désendettement privé et public, ce qui représente un handicap non négligeable. La baisse des taux d’intérêt européens ne peut être réalisée avec autant d’ampleur qu’aux Etats-Unis sous peine de mettre en difficulté les banques, qui doivent, par ailleurs, financer les PME pour faire redémarrer l’économie », souligne Jean-Paul Betbèze. L’euro ? Son niveau est incontestablement trop élevé par rapport au dollar et au yuan chinois, ce qui ne manque pas d’handicaper les entreprises européennes.

«La France, qui refuse l’hypothèse gaz de schiste et l’Allemagne qui a choisi la sortie du nucléaire, ont clairement tourné le dos à la possibilité d’obtenir de l’énergie à meilleur coût et donc d’être plus compétitifs face au reste du monde », regrette l’économiste qui estime que la France, dans la compétition mondiale doit à la fois maigrir et se muscler. «L’Etat doit coûter moins cher aux contribuables. Il doit être plus efficace. Le gouvernement doit sortir de la spirale qui consiste à réduire le déficit budgétaire en augmentant la pression fiscale car les entreprises et les ménages anticipent cette dernière et, mécaniquement reportent leurs investissements ou leurs achats, ce qui nourrit la boucle récessive ». Selon Jean-Paul Betbèze, la France ne parviendra à prendre le train de la reprise économique mondiale qu’à la condition de réduire sa dépense publique «de manière durable et progressive ». En même temps, le dialogue social doit être renouvelé, en renforçant l’explication sur la situation que vit l’entreprise (économie, concurrence, fiscalité, normes…) et sur la formation constante de ses salariés. La question n’est plus le salaire d’aujourd’hui mais celui d’après-demain, donc la poursuite de la formation et de l’amélioration des compétences.

 Jean-Paul Betbèze a un site internet (www.betbezeconseil.com) : il vous invite à le visiter… et plus encore à vous inscrire pour recevoir sa newsletter !

Eric DELON