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Interview de Guy Maugis, Conseiller du Directoire de Robert Bosch GmbH

Interview de Guy Maugis, Conseiller du Directoire de Robert Bosch GmbH

À l’heure du changement climatique et de la transformation digitale, l’industrie automobile vit une véritable révolution. Guy Maugis, conseiller du directoire de Robert Bosch GmbH, nous présente les grandes innovations qui inonderont bientôt le marché et les réflexions qui accompagnent celles-ci.

1. À quels grands enjeux l’industrie automobile est-elle aujourd’hui confrontée ?

 Il y en a trois : l’électrification, la connectivité et l’autonomie. Le premier enjeu concerne la réduction des émissions de CO2 et l’amélioration de la qualité de l’air. Aujourd’hui, les constructeurs sont dans l’obligation de développer trois éléments : d’abord des moteurs thermiques propres et efficaces pour les véhicules lourds type SUV ou camionnettes et pour les véhicules hybrides ; ensuite l’hybridation des véhicules, soit le fait d’associer à des moteurs thermiques une chaîne de traction électrique ; et enfin des véhicules purement électriques. Les budgets de développement explosent de façon considérable pour faire face à ces trois enjeux. Et très bientôt, les Européens seront confrontés à des pénalités majeures en cas de dépassement des seuils d’émissions de CO2.

Vient ensuite l’enjeu de la connectivité, qui précède l’autonomie. Pour le moment, on parle d’ailleurs plutôt d’aide à la conduite : freinage d’urgence, suivi automatique de ligne, conduite assistée sur autoroute. Le véhicule autonome est un véhicule connecté qui relève de nombreuses données, lesquelles sont à l’origine d’une bagarre entre constructeurs automobiles traditionnels et de nouveaux acteurs, comme les opérateurs téléphoniques ou d’internet. Qui va en effet récupérer ces données et réussir à les monétiser ?

Prenons l’exemple d’un véhicule connecté semi autonome qui déclenche ses essuie-glace parce qu’il se met à pleuvoir. Cette information – il pleut – pourrait intéresser la météo nationale qui disposerait alors de connaissances météorologiques beaucoup plus fines en tous points du territoire. Autre exemple : le consortium HERE créé par BMW, Mercedes, Audi et Bosch travaille sur une cartographie capable d’offrir à ses usagers un service équivalent à celui de Waze mais aussi, grâce aux capteurs du véhicule, de déterminer s’il y a des places de parking disponibles en bord de rue. Concrètement, d’ici un an, il sera possible d’acheter cette information : à 100 mètres devant moi dans la rue, quelqu’un quitte une place de parking, je vais pouvoir me garer. Cette information a de la valeur : qui sera prêt à payer pour elle, comment et combien ? Ces questions se posent, mais un constructeur tout seul peut difficilement y répondre. De nombreuses alliances sont donc en train d’être créées.

2. Quelles sont les grandes innovations qui vont émerger à court terme ?

D’ici 2019-2020 selon les véhicules, nous aurons la conduite autonome sur autoroute. Le conducteur entrera sur l’autoroute puis pourra quitter la route des yeux pour regarder un film, téléphoner, écrire ses SMS. Le système ne permettra probablement pas encore de gérer les entrées et sorties d’autoroute ni les péages mais cela viendra. Petit à petit, l’autonomie va s’améliorer jusqu’à atteindre un véhicule totalement autonome se passant de pilote. Les premières mises en service de véhicules sans conducteur seront certainement faites avec des navettes pour des raisons de facilité : on va toujours du même endroit au même endroit, le circuit peut être balisé et les intersections, s’il y en a, peuvent être équipées de systèmes de détection pour envoyer les informations utiles aux navettes. Nous aurons aussi sans doute des véhicules autonomes qui feront de la livraison de colis. Le platooning –  des camions qui se suivent dont le premier est pourvu d’un chauffeur mais dont les autres sont connectés électroniquement comme des wagons de train – connaitra sans doute un développement rapide. Chaque camion aura quelqu’un en cabine mais qui pourra dormir dans sa couchette. Ce système permet aussi 20 à 25% d’économies de fuel en améliorant l’aérodynamique, sans compter le temps du chauffeur.

3. Cette évolution du secteur automobile entraîne-t-elle des besoins managériaux auxquels le management de transition peut être une réponse ? 

 Il y a un manque considérable de ressources liées notamment aux techniques nouvelles. Par exemple en ce qui concerne la compréhension des chaînes de traction électriques puisqu’au départ, l’industrie automobile est plutôt composée de mécaniciens que d’électriciens : chez les constructeurs mais surtout dans les garages. Il y a également un énorme besoin de développeurs de solutions softwares avec là une compétition féroce entre la profession automobile, équipementiers et constructeurs, et les secteurs traditionnels de l’internet et de l’électronique, GAFA et autres. Dans ce cadre, il est certain que le management de transition est un bon moyen de trouver rapidement des experts.