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Compte rendu du petit déjeuner du Club Delville avec Bernard Thellier

Compte rendu du petit déjeuner du Club Delville avec Bernard Thellier

« Lors d’une prise d’otage, le preneur d’otage n’est pas un ennemi mais fait partie de la solution ». La tragique actualité récente (Charlie Hebdo, Hyper-Cacher) a mis en lumière le rôle capital du GIGN (et de son homologue, côté police, du RAID) dans le dénouement de crises, impliquant notamment des otages. Négociateur au GIGN pendant 10 ans (il a quitté le groupement d’intervention de la gendarmerie nationale en 2007), Delville Management, cabinet de management de transition premium, a reçu Bernard Thellier, invité du petit déjeuner trimestriel du Club Delville, le 27 mars dernier.

Psychologue, Sophrologue, formé à la négociation par le FBI, ce chargé de cours en psychologie comportementale à Paris 2 Panthéon Assas s’est d’emblé félicité, au nom du GIGN, de compter un taux de réussite de 99% dans les missions confiées à ce corps d’élite créé en 1974. «Sans fanfaronnade, le GIGN, au vu de ses résultats peut s’enorgueillir d’être le meilleur service d’intervention au monde, avec, une résolution de crise, obtenue, à 90% via la négociation, c’est-à-dire sans intervention physique », explique-t-il. Une approche qui contraste avec celles d’un certain nombre de groupes d’intervention étrangers qui privilégient un mode d’intervention « musclé », à l’image des troupes ALPHA russes, dont l’intervention dans un théâtre de Moscou en 2002 pris en otage par des rebelles tchéchènes provoqua la mort de 129 otages.

« Le GIGN a toujours misé sur une approche psychologique, mentale. Nous recherchons des profils de gendarmes particulièrement solides psychologiquement et qui savent prendre les bonnes décisions en situation de stress extrême. Les gabarits de nos agents, n’ont d’ailleurs, rien d’exceptionnel si on les compare à nos homologues russes ou américains ». Au GIGN, lors d’une prise d’otage, les négociateurs se focalisent avant tout sur le preneur d’otage et non sur les otages eux-mêmes, qui ne font que subir la situation. «Je ne considère pas le preneur d’otage comme un ennemi mais comme un acteur faisant partie de la solution », résume Bernard Thellier qui établit volontiers une analogie avec le monde de l’entreprise.

«Le client ou le fournisseur font partie de la solution globale. Ils ne doivent pas être vus comme des adversaires mais comme des parties prenantes dans le développement de l’entreprise», estime-t-il. A l’instar de l’univers professionnel, l’ex négociateur du GIGN considère, par ailleurs, que la réussite d’un projet est conditionnée par la qualité des liens tissés par les membres de l’équipe.« Les équipes d’assaut du GIGN sont toujours composées de 10 membres. Un premier fonctionnaire pénètre dans le théâtre d’opération, mais les 9 autres sont juste derrière lui, prêts à l’assister, souligne-t-il. Avant un assaut, nous nous tenons tous par l’épaule, pour bien signifier que nous sommes une équipe soudée, que nous nous communiquons mutuellement une boule d’énergie » De même, la hiérarchie du GIGN, met tout en œuvre, hors opérations, pour favoriser les contacts informels entre les fonctionnaires et ainsi créer du lien. «Nous nous inscrivons dans une logique d’inclusion et non d’exclusion. Il est important d’accorder de la reconnaissance à chacun, de dégager du temps pour écouter ses collègues. Les plages horaires informelles permettent à certains de confier des éléments de leur vie personnelle (divorce, problème avec les enfants) qui peuvent expliquer des sautes d’humeur passagères.

Il est contre-productif d’isoler les personnalités discordantes car l’on creuse un fossé avec ces dernières. Il importe au contraire de les écouter, de se situer dans l’empathie vis à vis d’elles». L’ancien négociateur se souvient d’un forcené qui retenait ses enfants en otage. Le préfet et le maire du village avaient échoué, après des heures de négociation, à lui faire rendre raison. « J’ai réalisé une rapide enquête de voisinage. Cet homme avait été humilié par son ex-épouse et l’amant de celle-ci qui frappaient ses enfants. Il avait été éconduit par les services sociaux de la ville. Il était désespéré. Je lui ai parlé, j’ai pris en compte ces épisodes douloureux. Il a parlé avec moi et s’est rendu. Il s’est senti écouté, respecté ». Pour Bernard Thellier, en cas de conflit ou de discussion, il n’est pas forcément utile de se focaliser sur le rationnel, sur le «quoi», sur les enjeux mais plutôt de privilégier le registre psychologique, le relationnel, l’historique partagé, l’empathie, l’humain. « L’idéal est réaliser les deux en même temps », conclut-il. Au regard des centaines de crises qu’il a su dénouer avec ses équipes, Bernard Thellier, est persuadé qu’il est impératif de savoir prendre des risques. « J’en ai toujours pris. C’est en prenant des risques qu’on réussit. L’échec n’est pas grave. Le plus important ? La réaction que l’échec va générer chez vous. L’essentiel est de se relever et de repartir »

Eric Delon