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Compte-rendu du petit déjeuner du Club Delville avec Luc Ferry, Philosophe & ancien ministre

Compte-rendu du petit déjeuner du Club Delville avec Luc Ferry, Philosophe & ancien ministre

Philosophe, ancien ministre, auteur de nombreux ouvrages, Luc Ferry était l’invité d’honneur du petit-déjeuner pré-estival du Club Delville (Delville Management – Cabinet de Management de Transition), ce jeudi 19 juin. Le sujet sur lequel il avait choisi de plancher : l’innovation destructrice, thème de son tout dernier opus (« L’innovation destructrice » 2014, Plon, 135 pages). 

Selon Luc Ferry, reprenant la célèbre analyse du grand économiste autrichien Joseph Schumpeter (1883-1950), le capitalisme voue notre société à la logique perpétuelle de l’innovation tout en provoquant une rupture franche avec toutes les formes d’héritage, de patrimoine et de tradition précédents. « L’innovation dans le domaine technique ou médical est un évident bienfait pour l’humanité », explique l’ancien ministre. « En France, l’espérance de vie a été multipliée par 3 depuis le 18ème siècle et le niveau de vie par 20. Ce même niveau de vie a été multiplié par 3 depuis 1950 ». Bref, le capitalisme a incontestablement sorti l’Occident de la misère.

Selon Luc Ferry, tout au long du 20ième siècle, l’innovation s’est étendue à tous les domaines qui concernent notre société. Innovation artistique (Schoenberg dans la musique, Joyce dans le roman, Kandinsky dans la peinture, Beckett dans le théâtre, Godard dans le cinéma..), mais aussi dans le domaine des mœurs et de la morale dite bourgeoise (mai 68, fin du monde paysan, émergence des femmes sur le plan sociétal et dans le monde du travail…). « En terme d’innovation / déconstruction des modèles existants, le 20ième siècle est allé bien plus loin que la révolution française et l’Empire Romain réunis » souligne le philosophe qui ne minimise nullement les freins desdites sociétés à accepter ces changements radicaux.

Sur le plan économique, Luc Ferry, réfute les solutions de gauche, très largement inspirées par les thèses keynésiennes, selon lesquelles une relance par la consommation (via la dépense publique et l’augmentation des bas salaires notamment) représenterait la solution miracle pour alimenter une croissance que chacun appelle de ses vœux. « Ce type de politique économique a pour effet d’augmenter sensiblement les coûts salariaux et de dégrader les marges bénéficiaires des entreprises, et partant, de diminuer la compétitivité des entreprises, par rapport à la concurrence étrangère. Pourquoi tant qu’on y est, ne pas décréter un SMIC à 10 000 euros ? », ironise-t-il. Selon Ferry, reprenant à nouveau Schumpeter, l’innovation, par nature, tire la croissance en rendant l’ancien obsolète et le nouveau attractif. « L’innovation produit certes des objets superficiels mais permet de sauver des vies et permet de vivre plus longtemps en bonne santé », plaide-t-il. A l’instar de Schumpeter, Luc Ferry ne nie pas que les innovations multi-usages (imprimerie, électricité…), produisent du chômage, mécaniquement, dès leur apparition, avant de créer davantage d’emplois par la suite (théoriquement). « L’arrivée d’Amazon a fait beaucoup de mal aux libraires qui ne sont plus que 3000 en France et qui ne devraient sans doute pas être davantage que 300 dans 10 ans. Cette évolution a toutefois fait décoller l’e-commerce qui a généré de nombreux emplois ». Dans ce contexte, les gens les mieux formés, donc les plus flexibles, au niveau intellectuel et au niveau des compétences, tirent davantage partie de l’innovation destructrice. D’où l’intérêt, pour les sociétés en prise avec la mondialisation de miser résolument sur la formation de leur population. Si l’innovation est par nature positive et propice au progrès, Luc Ferry n’hésite pas, pour illustrer son propos, à railler la démarche de l’art contemporain. Ses épigones n’hésitent pas, en effet, à afficher des postures « rebelles et iconoclastes » alors même qu’ils représentent la quintessence du capitalisme contemporain, par leur propension à innover de manière futile. « C’est ainsi qu’ils font le bonheur des grands capitaines d’industrie qui les subventionnent et n’intéressent, pour caricaturer, que les bobos ». A l’image de la Ferrari, volontairement détruite par l’artiste contemporain Bertrand Lavier en guise d’œuvre d’art et qui, selon Ferry, ne contient « aucune innovation, aucun savoir-faire et aucune intelligence ». Optimiste toutefois, Luc Ferry conseille aux dirigeants, quel que soit leur bord politique, d’accompagner « l’innovation destructrice » en protégeant, si nécessaire, des secteurs d’activité menacés et surtout en usant de pédagogie vis-à-vis de la population. « Surtout éviter d’utiliser le discours paralysant de la peur, sur toutes sortes de menaces réelles ou supposées, comme les OGM, le tabac ou le réchauffement climatique. Grandir et donc progresser, c’est avant tout, s’affranchir de ses peurs ».

Eric Delon

Ce texte n’a pas été revu par Luc Ferry.