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Compte rendu – Webinaire Les Echos Débats – La ville de demain doit s’adapter aux nouveaux usages

La ville de demain doit s’adapter aux nouveaux usages

Le Club Les Échos Débats – Prospective recevait le 6 juillet 2021 Emmanuelle Wargon, ministre déléguée auprès de la ministre de la Transition écologique, chargée du Logement, et Clotilde Delbos, directeur général adjoint, directeur financier groupe Renault et directeur général de la marque Mobilize, pour échanger sur le thème « Ville de demain et mobilité durable ».

« La ville de demain, on la rêve facile d’accès, agréable à vivre, accessible et qui se préoccupe de la santé de ses citoyens », résume en préambule Carole Pezzali, partner chez Wavestone. Comment s’approcher de cet idéal ? Selon une étude réalisée par Wavestone, 21 % des Français souhaitent continuer à opter pour le télétravail pour réduire le nombre de déplacements. En 2020, 22 % des acquéreurs de logements sont allés vers une ville plus petite en changeant de résidence principale, dont 13 % en zone rurale (source Fnaim). Pour favoriser une mobilité durable, 22 % des sondés indiquent vouloir choisir les mobilités douces ou en libre-service pour les courtes distances, et 61 % opter pour la marche pour les courtes distances, des chiffres en forte hausse. 53 % demandent la transformation des véhicules individuels en véhicules non polluants, et 25 % prévoient de se déplacer plus souvent avec leur voiture.

Trouver l’équilibre entre services proposés et densité qu’ils supposent

Les Français ont passé plus de temps chez eux pendant les confinements et la qualité intrinsèque du logement est devenue beaucoup plus importante, remarque Emmanuelle Wargon. Lumière, espaces extérieurs, modularité pour le télétravail. « Il existe une troisième voie entre subir de longs trajets ou travailler de chez soi, celle des lieux de télétravail de proximité. Il y a également une aspiration à quitter les grandes villes, mais en même temps une demande de services de proximité, d’activités culturelles, de lien social. Les villes moyennes doivent trouver l’équilibre entre les services qu’elles rendent et la densité qu’ils supposent. Le mot densité va devenir très important dans le débat politique sur la ville. »

De la propriété à l’usage

L’usage de l’automobile ne va pas diminuer, mais évoluer. « En 2025 ou 2030, nous devrions conserver le même nombre de véhicules, estime Clotilde Delbos. On ira chercher un usage, par exemple un véhicule partagé la semaine avec une location le week-end. Avec la création de notre quatrième marque destinée à l’autopartage, Mobilize, nous réfléchissons sur cette mobilité de demain. » L’autopartage est l’une des solutions pour transformer la ville, afin de réduire les surfaces de parking sans pénaliser les habitants.

En France et en Europe, la fin du moteur thermique va arriver assez rapidement. Renault vient ainsi d’annoncer que 30 % de ses véhicules seront de purs électriques en 2025 et 35 % des hybrides rechargeables, soit 65 % au total. Un chiffre qui passera à 90 % en 2030. Mais l’offre des constructeurs ne suffit pas, le développement est lié à celui des infrastructures de recharge. Aujourd’hui, plus de 80 % des recharges s’effectuent au domicile ou sur le lieu de travail. Les entreprises doivent s’équiper, comme les particuliers. C’est assez facile pour l’habitat individuel, c’est très compliqué dans les copropriétés. Et nous sommes très en retard sur l’équipement des grands axes routiers.

Proposer des solutions avant d’imposer des contraintes

Christophe Caro, directeur de mission chez Delville, interpelle les invitées sur l’extension des zones à faibles émissions (ZFE) : « Comment concilier la transformation et les contraintes qu’elle impose, tout respectant l’équité et l’acceptabilité sociale ? »

Les 48 000 de décès par an dus aux particules fines justifient cette extension, pour protéger la population. La question porte sur la vitesse de la mise en place des mesures de compensation et d’accompagnement. La réponse passe par l’amélioration de l’offre des constructeurs automobiles autour des véhicules propres et la poursuite des aides aux ménages comme aux entreprises lors d’un changement de voiture ou de flotte. Et augmenter l’aide, plus important pour les revenus les plus modestes, à chaque extension de ZFE, tout en développant des alternatives à la voiture quand cela est possible. « Mais si nous voulons réussir, il ne faut pas commencer par imposer des contraintes avant d’avoir proposé de vraies solutions », insiste Emmanuelle Wargon.

«  L’un des facteurs de succès de la transformation est la gestion des données. Que mettons-nous en place pour disposer de l’expertise et des outils nécessaires pour l’analyse des données », interroge Christophe Caro.

Pour Clotilde Delbos, la donnée est indispensable. Un véhicule en déplacement capte de nombreuses données, notamment la qualité de l’air ou sa géolocalisation. « Nous travaillons avec des partenaires, start-up et grands industriels pour détecter les petits déserts de transport afin de proposer des solutions. Si nous travaillons main dans la main avec les villes comme nous en avons l’intention, cela permettra de mettre en évidence des zones sans offre de transport. »

Construire plus vite en gagnant du temps sur les phases amont

Jean-Philippe Ammeux, directeur de l’IESEG, s’interroge quant à lui sur la capacité de l’innovation à relever les défis économiques, sociaux et environnementaux. « On a l’impression que cela prend beaucoup de temps, or il y a urgence. Comment pourrait-on faire pour aller plus vite ? »

Il y a un besoin de construire, et relativement vite, et ce sont les phases amont à la construction qui sont les plus lentes : trouver le terrain, obtenir un permis de construire, purger les recours. « Pas mal de choses ont été modifiées par la loi Elan, il y a par exemple le permis d’innover, argumente Emmanuelle Wargon. Ensuite, c’est une question d’évolution des usages, avec le logement participatif, celui des personnes âgées. Là aussi, il y a un champ d’innovation très large. »

« L’innovation dans l’automobile, ce n’est pas si simple, mais cela va de plus en plus vite, remarque Clotilde Delbos. Et dans les usages, cela va extrêmement vite. Le choc du covid a joué un grand rôle dans ce domaine, même si le changement dû au covid a été très subi ». Emmanuelle Wargon nuance, « nous parlons d’un changement de mode de vie durable, alors que pour le covid, on savait qu’il s’agissait d’un changement limité dans le temps. »

Carole Pezzali interroge enfin sur la localisation du travail : « Dans une région dense comme l’Île-de-France, quelles actions clés vous verriez pour rapprocher de leur lieu de travail ceux qui ne peuvent pas télétravailler ? »

Une priorité au logement social est prévue dans la loi 4D de décentralisation et un travail est en cours sur l’accès au logement privé abordable rappelle Emmanuelle Wargon. L’autopartage peut, là également, jouer un rôle. « Il faut présenter des véhicules adaptés, conçus sur mesure », affirme Clotilde Delbos. Des véhicules plus petits et moins chers, pour assurer la rentabilité aux opérateurs, y compris dans les villes moyennes.